Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Petit scarabée s'éveille...

Petit scarabée s'éveille...

... au pays des hommes libres : réflexions et travail en Thaïlande

Semaine laborieuse ou choc des cultures éducatives

Mardi 14 mars 2017

 

Inutile de parler de mon weekend, il a été désastreux car, pour une raison que j'ignore, internet ne voulait plus se connecter à mon ordi pendant 4 jours et ça a été la course à l'internet dans les cafés et dans mon bureau à la fac. Eh oui, je ne peux plus me déconnecter du virtuel, c'est ça être jeune (ou décrépie, comme vous voulez) !

 

Ce mardi là, je donne cours aux L2 et décide de travailler sur la pub, car ils ont comme examen final de me faire une vidéo d'un show TV avec une publicité dedans. Je pensais consacrer les 5 premières minutes du cours à juste demander aux étudiants ce qu'ils pensaient de la pub, leur opinion en somme, et là, BAM ! Que dalle, nada. Des visages hébétés, surpris, ne sachant pas quoi faire ou quoi répondre. Qui veulent me répondre mais qui sont démunis. Mes questions, qui me semblaient simples au premier abord, se sont révélées difficiles, non pas à comprendre, mais à ne serait-ce qu'envisager dans l'esprit des étudiants.

Donc au lieu de questions ouvertes du style : "Que pensez-vous de la publicité en général ?", je décide de changer pour des questions fermées, du type : "Est ce que vous aimez la pub, oui ou non ? Est ce que vous trouvez que c'est bien ou pas bien ?" et même là, pas de réponse. Je meurs intérieurement et je sens que mon cours s'enlise dans un bourbier inconnu. Au lieu de 5 petites minutes d'introduction, j'ai passé 45 minutes de TGMS (Très Grand Moment de Solitude). A brasser de l'air.

Je finis par passer à la pratique, à leur faire regarder des pubs et à leur demander quel produit est mis en avant. Et là, gros paradoxe, alors que je leur demande de réfléchir à la structure d'une pub pendant 10 minutes, ils me répondent exactement ce que j'avais prévu, alors que c'était, de mon point de vue, la question la plus difficile du cours ! Mais alors, que s'est-il passé au début du cours ? Ce n'est donc pas une question d'être intelligent ou non, il faut plutôt chercher du côté des habitudes de cours/de travail/de devoirs qu'ils ont pu avoir par le passé.

Le cours se finit très bien, dans une bonne ambiance, avec les étudiants qui réussissent tous à me pondre une pub bateau pour vendre une petite bouteille d'eau. Non vraiment, bonne fin de cours. 

Je me rends au bureau des profs, épuisée, et je vois que mon collègue P. travaille à son bureau. Je lui raconte ce qui vient de se passer, et là, il me parle du fait que la culture éducative thaïlandaise ne laisse pas la place à l'enseignement d'une pensée critique (ou critical thinking en anglais), que les professeurs parlent et que les étudiants ne peuvent qu'écouter et rien d'autre. Que l'examen, c'est juste recracher ce que le prof a dit. Que même lui, dans son cours, quand il essaie de connaitre l'opinion des étudiants, ça ne marche pas, et donc il passe à autre chose. Ce qu'il dit ne me console pas mais m'explique au moins que cette habitude du "j'écoute passivement" ne peut pas changer si facilement du jour au lendemain. Et qu'il me faudra plus que des questions ouvertes pour les aider à construire cette liberté de parole à laquelle j'ai été tant habituée par l'école française (mais dont je n'ai pas franchement profité, car la liberté de se taire existe aussi...^^). 

C'est la deuxième fois que mon collègue me parle de cette culture éducative ancrée chez les étudiants, et qui disparait quand ceux-ci finissent par étendre leur monde en partant à l'étranger ou autre. Mais c'est bien la première fois que je l'expérimente en cours ! Je ne pensais pas être si désespérée sur le coup. C'est là que je réalise que ma manière de concevoir un cours, même si c'est en soit une technique d'enseignement de la langue étrangère plus ou moins globalisée en Europe (c'est la méthode communicative), elle repose quand même sur une idée préconçue que l'élève est habitué à donner son opinion ou à parler en classe. Bon, en fait, je ne suis pas certaine que cette culture de la parole libre existe partout en Europe, mais je sais qu'elle existe aux Etats-Unis, ou dans ce qu'on appelle le monde occidental. 

Et quelle différence avec le monde asiatique ! En parlant avec ma collègue qui est prof de FLE en Chine, elle m'explique qu'elle aussi a constaté la même chose dans ses classes, et qu'elle essaie de trouver d'autres moyens pour arriver à connaitre l'opinion de ses élèves. 

Je dois donc moi aussi surmonter mes propres habitudes de française occidentale pour mieux concevoir des cours adaptés à mon public. 

Mercredi 15 mars 2017

 

Pour le cours avec les L3, je devais aborder une révision, celle de la formation du discours indirect (car on est censés l'apprendre en L2). Eh bien non ! Les étudiants ne l'avaient jamais abordé, et même si à la base, ce n'est pas franchement un concept abstrait, eh bien j'en avais l'impression car les étudiants ressemblaient à des poissons rouges qui n'avaient encore jamais vu la mer !

Donc au lieu de 10 minutes de révision, ça a été 45 minutes à tenter diverses explications en long, en large et en travers (de ma gorge, surtout !), et j'ai finalement réussi à leur faire comprendre grâce à un dessin. La prochaine fois, je ferai le dessin direct !

Très franchement, avec ce deuxième cours, j'ai plus l'impression qu'être une enseignante native est plus à mon désavantage qu'à l'avantage des étudiants. Tout me parait plus ou moins simple ou évident en français, et j'ai donc énormément de mal à me mettre dans la peau d'un étudiant qui comprendrait la moitié de ce que je dis et de ce que j'explique. 

Jeudi 16 mars 2017

 

Pas de cours, mais je travaille tout de même. 

Un peu vers 18h, je rencontre Emily alors que nous contemplons le coucher de soleil depuis le 8ème étage de notre section. Je finis par discuter avec elle de mon problème de différence culturelle avec les étudiants et je lui demande si elle ressent la même chose que moi par rapport aux étudiants. Elle me répond qu'elle aussi, elle a constaté une certain manque de prise de parole lorsqu'elle essaie de savoir ce que les élèves pensent, mais qu'elle a inventé un système détourné, très basique, pour connaitre leur opinion. Elle distribue à tous les élèves 3 cartes de couleur : le vert pour dire OUI, le rouge pour dire NON et le jaune pour JE NE SAIS PAS. Et elle dit que cette manière de faire intéresse beaucoup les étudiants qui s'étonnent des réponses de leurs camarades et qui comparent leurs réponses. 

Ensuite effectivement, cela ne marche qu'avec des questions de type fermées, mais que c'est déjà un début, qui peut inciter ensuite les élèves à s'exprimer. Elle m'explique aussi que parler ne se fait pas non plus comme ça, de manière naturelle. Il faut établir une certaine relation avec les étudiants, il faudrait que je crée un espace suffisamment confortable pour que les élèves se sentent plus en confiance avec moi pour parler. Et elle n'a pas tort. Je suis tellement dans le truc du "je suis mon plan de cours" que je ne discute presque pas avec les étudiants. A vrai dire, je suis un peu timide (eh oui !^^), je ne sais pas de quoi leur parler, et je ne suis pas du genre à parler de tout et de rien naturellement. Bref, j'ai encore beaucoup d'efforts à faire. 

Vendredi 17 mars 2017

 

Est ce moi qui me sent plus à l'aise avec ces étudiantes là, ou bien est-ce parce que c'est une classe de 10 élèves ? Je commence le cours en parlant pendant 45 minutes des étudiantes, de pourquoi elles ont choisi le français en option à côté de leur matière principale (anglais, histoire, sciences politiques, des profils très divers vraiment !). 

Et je ne sais pas si c'est parce que je suis à l'aise ou si c'est parce que les élèves sont plus motivées que les étudiants qui étudient le français en matière principale, mais le fait est que le cours se passe bien et ça me ravit. Avec ce petit nombre, les étudiantes parlent certes avec des petites voix, mais elles essaient toujours de répondre à mes questions et me demandent toujours quand elle ne comprennent pas quelque chose. 

Bref, j'aime le cours du vendredi. En plus d'être le dernier cours avant le weekend, héhé !^^

Eh oui, pas de photo pour cette semaine ! 

Qu'est ce que j'ai mangé ? Rien de bien intéressant. Mis à part les plats habituels du marché, j'ai voulu tester les restaurants du centre commercial et ils sont tous.... japonais ! Donc j'ai mangé des nouilles à gogo pendant toute la semaine !^^

C'est assez incroyable, cette profusion de restaurants japonais, avec tous plus ou moins le même menu. Il faudrait que je demande pourquoi. 

Aussi, mes problèmes de digestion devenant sérieux, j'ai fini par discuter un peu de mes problèmes avec ma famille, et il semblerait que je devienne sensible aux fibres insolubles (tout ce qui contient du blé, tout ce qui est légume vert ou légume pas cuit, les fruits en général sauf les agrumes, les aliments gras, etc). Je ne pensais pas manger particulièrement bien mais dieu que les légumes me manquent ! J'en ai marre de ne manger que du riz et de la viande ! 

 

Sinon, dimanche, j'ai fait l'expérience du cinéma à la thaïlandaise !

J'avais remarqué que dans le cinéma du centre commercial, les films ne restaient qu'une semaine à l'affiche ! Et il n'y a en tout que 4 ou 5 films par semaine au choix ! Donc si on rate un film, impossible de le voir la semaine suivante ! Et comme je ne connais pas le jour où ils changent la carte, j'inspecte de temps en temps les films. Et ce dimanche là, il y avait Beauty and the Beast, le film live !

Je me décide à faire la queue pour acheter le billet en avance (on ne sait jamais, un dimanche, ça peut être bondé), et vu qu'il n'y pas de machine comme dans nos UGC ou Gaumont, je vais à la caisse. La demoiselle derrière avait du mal à parler anglais mais bon, on arrive à se faire comprendre hein ! J'ai été étonnée juste pour une chose : ils existe 4 types de siège qu'on peut choisir : les sièges sont tous les même hein, juste que selon leur position par rapport à l'écran, on ne paie pas pareil ! Les noms étaient genre : deluxe, premium, sofa et un autre. Comme je ne sais absolument pas de quoi elle parlait, je lui ai demandé de me montrer la disposition des sièges, et j'ai choisi un siège comme ça. Les places sont numérotées, et j'ai donc payé 150 bahts soit 4 euros la place ! Cooooool ! (bon, ensuite, je sais pas si je vais en profiter souvent, y a pas de sous-titres anglais et je comprends pas l'anglais spécifique, si c'est genre le vocabulaire de l'espace). 

J'aurai voulu essayer le pop corn (4 goûts : caramel, sauce barbecue, sirop de maïs et goût salé) mais la plus petite taille équivalait à la taille d'un soda de fast food triple taille ! En somme, uniquement pour 2 personnes. 

La salle est chouette, classique, propre, en amphithéatre bien que pas très marqué, et les sièges se mettent automatiquement en position plus allongée (on peut pas bloquer la chaise, ça se balance, quand on s'adosse). Je regarde les bandes-annonces, et là, les lumières s'éteignent toutes pour signaler le début du film, il me semble. Et là, choc culturel ! Je vous avais dit que c'était l'année du deuil du roi, non ? Eh bien, là, une image du roi s'affiche, avec un message écrit en thaï et en anglais, énonçant : Please stand up during the king's anthem. Et là, tout le monde se lève (donc je fais pareil) et la chanson dure bien deux minutes. Argh ! Mais qu'est ce que c'est que ça ? Alors c'est sûr, avec mon background de française qui ne croit plus en la royauté depuis 3 siècles et qui croit fermement au premier article de la déclaration des droits de l'homme (on est tous égaux, quoi), j'ai du mal à faire face à ce genre de scène. Ca secoue quand même un peu, mais ne jugeons pas mal et prenons la chose avec recul. 

J'ai apprécié mon film, et heureusement que je connaissais l'histoire parce que je ne comprenais pas forcément tous les mots dans les chansons !^^

Tout le monde est parti dès que la première chanson du générique s'est finie, et j'étais la seule pauvre spectatrice à attendre la fin du générique, 2 chansons plus tard, vu que je voulais savoir si c'était bien les acteurs qui chantaient ou pas. D'ailleurs, quel casting de chanteurs pour le générique de fin ! D'abord Céline Dion, ensuite duo entre Ariana Grande et John Legend, puis la nouvelle chanson du film avec Josh Groban pour la réinterpréter à la fin ! Bref, un bon moment pour une semaine un peu difficile. 

 

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article